How to look at a friend: How a friend looks - FR

How to look at a friend: How a friend looks

 

CHLOE WISE

Coast Unclear Seeks Rained Parade

Oui!!!

  1. Studio (intérieur)
            a. Connaissance centrifuge
            b. Le travail / la domesticité
            c. Médiation et fabrication
  2. Narration du privé / amitié
            a. L'amitié comme représentation du privé
            b. L’écho et les origines, l’intimité interrompue
  3. Humour
            a. Les enjeux politiques / les éthiques de l'humour
            b. L'humour comme relationnel, mais aussi éloigné
            c. Humour, ironie, sincérité
  4. Collection
            a. Propriété, transgression, vie privée (je ne sais pas ce que cela signifie, mais peut-être cela a du sens)
            b. Être collectionné
            c. Tension des relations intimes comme sujet d’une série
            d. Pense aussi à Benjamin par rapport à collectionner... pas sûr si pertinent -> chaos / souvenir / passion mais aussi la nature du soin porté à une collection/sujet

Devrions-nous commencer ici ? Avons-nous besoin d'ajouter quelque chose au processus de création artistique ou de médiation, ou est-ce qu’on l’a traité dans la partie studio / narration ?

Je ne me souviens pas de ce que nous avons dit à ce sujet ?  

Moi non plus! Mais je pense que peut-être quand nous parlons de raconter ou de concevoir, nous rapportons cela à la peinture plutôt ?

Oui, peinture. Au sujet du temps - la contemporanéité. Peut-être, par rapport à la peinture et au temps, un groupe et un style ? Est-ce important ?

Je file à la salle de bains, à toute suite !
DE RETOUR

Moi aussi. De retour.
Allons-y ?
Oui

 

Pouvons-nous imaginer le degré d’intimité entre deux représentations de deux amies proches ? Est-ce que ces tableaux se parlent, gloussant, écoutant, bavardant, égrenant ainsi le temps quand personne ne les regarde ? Sûrement une idée ridicule. Papotant dans son atelier, la peintre et son ami/modèle sont assis au pied du portrait d'un de leurs connaissances communes, essayant de percevoir sa façon d’écouter et de deviner sa pensée ; son avis imaginaire illumine la conversation. La pièce résonne de cet écho enjoué, elle se nourrit de la présence de ce double.
Echo ne peut jamais être une héroïne, mais elle aura le dernier mot.

On se perçoit toujours divisé à travers les miroirs du monde, autant dans une situation de conversation que par le biais des technologies d'imagerie.
A propos du narcissisme : pas un détachement absolu, mais l’introspection nécessaire lorsque le monde exige de vous que vous ayez un avis et que vous vous racontiez. Un narcissisme dispersé et morcelé. Aucune solution. Même si l’on désire se recentrer sur soi ou même s’évader, notre double persiste. Le désir change en permanence de cible et est immédiatement supplanté par un autre désir (Sommes-nous jamais vraiment sûrs de ce que nous voulons ?).  
Ceci dit, il reste néanmoins du contact et de l'intimité : une perception de soi qui ne peut être conçue indépendamment du regard de l’autre et qui est ainsi en pointillé et répétée.
Le narcissisme est en ce sens étroitement lié avec le moment de la sollicitation : il découle de cette aspiration dans la subjectivité depuis le monde extérieur, comme une perturbation pathologique.

La représentation devient préférable à la vérité. LL: une fois peinte, le sujet que je suis devenu était, selon moi, plus désirable que la personne que je suis.
C'est une autre sorte d'épissage qui laisse l’être divisé en deux, livré à un regard infiniment public.
Si de voir son intimité extériorisée et dépersonnalisée peut sembler être une instance qui résulte à un certain éloignement de soi, il y a une différence entre la chose et sa représentation. Un reste qui résiste à toute représentation, la partie changeante du sujet à laquelle personne n’a accès, pas même la personne qui est représentée. Peut-être l’intimité repose t’elle sur la base de cette distance importante.

Suivons (Au travail !) cette émanation qui se dégage de chacun, cette émanation à laquelle
l'intimité de chacun s’attache.
C’est de là que provient la qualité auratique d’un portrait. Il ne faut pas exalter cette aura, lui donner trop d’importance (Walter Benjamin a raison, pourquoi se bagarrer pour ou contre la perte de l’aura ?). La série de portraits de Chloe Wise cannibalise cette précieuse aura d’une façon mécanique. Les portraits s’imbriquent, naviguent d’une toile à une autre, des objets sont rassemblés uniquement dans le but d’être déplacés. Chloe établit des frontières ambiguës entre l’intérieur et l’extérieur de la toile, forçant le regard à négocier avec sa compréhension de l’espace, pour saisir où se situe l’œuvre et comment il faut glisser de part et d’autre de ces confins.

L’amitié, ça se travaille. AG : Un ami est une personne que j’essaie d’aimer avec une certitude absolue. Je ne dois pas questionner cet amour, mais agir comme s’il était inconditionnel.  Mais la vérité, c’est qu’un ami ne cessera jamais de me surprendre, de m’exciter, de m’agacer. Notre amitié va connaître des hauts et des bas, me maintiendra en permanence sur le qui-vive.
La relation que l’artiste entretient avec ses modèles est singulière, et il est possible que sa reproduction ne soit pas vraiment désirée. Le portrait peut briser cette connexion en l’exposant aux regards extérieurs. Et puis, il y a l’acte de peindre lui-même : une ivresse intérieure aux limites des mécanismes de la créativité, nourri de mythes, d’histoires plus ou moins enracinées. L’atelier du peintre exsude cette atmosphère secrète, c’est un espace impénétrable où se mêlent la pensée et l’élan créatif. Mais cette intimité elle-même dépend des influences générées par la perspective du regard du public et de la nécessité du marché.

AG : Voici une série d’affirmations et de pertes d’intimité qui ne peuvent jamais être garanties.

LL: Il faut que l'un des deux détourne le regard pour se rendre compte pleinement du plaisir de l'autre : le plaisir de l'intimité est contingent à l'exhibitionnisme. Je ne sais même pas à quoi ressemble mon intimité car elle dépend profondément d’une l’image que je me suis faite de moi alors que je ne suis pas regardée. Je veux me surprendre dans un moment
vraiment privé. Et je veux vous laisser entrer aussi.

N’est-ce pas une belle idée de laisser pénétrer l’autre dans le cadre de notre intimité ? Effrayante aussi. On vient de le dire, cela signifie lutter contre une vulnérabilité que nous ne mesurons pas pleinement. Cela implique aussi de savoir dire à cet autre de partir et de refermer la porte. Pensons à d’autres stratégies, parfois inconscientes, mais bel et bien utilisées, pour négocier ces paradoxes.

“Je rencontre dans ma vie des millions de corps ; de ces millions je puis en désirer des centaines ; mais, de ces centaines, je n'en aime qu'un." - Roland Barthes

On peut imaginer que les amitiés naissent d’une sélection naturelle. Que ces millions d’êtres qui n’ont pas nécessairement envie de vous aimer sont aussi ceux que vous n’aimeriez pas. Définie comme ça, l’amitié apparaît comme un processus très sain.
En réalité, nos amis peuvent être le simulacre de leur propre personnalité : Mon mauvais goût tourné vers l'extérieur.
Les mauvaises blagues deviennent un langage partagé dans un groupe qui établit collectivement les limites qu’il est prêt à transgresser. Aucune personne extérieure au groupe ne peut comprendre. Dans la série de Wise, cette idée est claire : ceux qui veulent pénétrer dans l’univers de l’artiste et du modèle (ou ceux qui refusent et observent avec mépris et dérision) ne peuvent franchir une certaine frontière. On peut approximativement saisir l'intimité entre l’artiste et le modèle qu'à travers l'appropriation de la toile. Le prix d'adhésion est élevé.

Le problème avec le mauvais goût c’est qu’une fois que vous en êtes conscient, il devient rapidement élitiste. En même temps, se soumettre à des conventions élitistes et à des comportements normes semble désespéré. L’intimité et la communauté sont incroyablement important, mais ils ne peuvent être décrétés comme totalement inaccessible. L’humour, et le sentiment d’appartenance en général, ont toujours une dimension esthétique. Mais ce ne sont jamais seulement des catégories esthétiques en soi. Et l’amour, qu’en est-il de l’amour ?

AG : Je maintiens qu'il y a une certaine sincérité dans l'humour et j'y ai beaucoup réfléchi ces derniers temps.

LL : C'est bizarre parce que nous avons cette discussion entre nous, et je suis parfaitement consciente qu’elle peut être mal interprétée.

 

Loreta Lamargese  et Adam Gill, 2018