That's something else, my sweet
Chloe Wise
05.0604.07.15
(Scroll down for english)
 
La galerie Sébastien Bertrand est ravie de présenter la première exposition solo en Suisse de l’artiste Chloe Wise (1990, Canada – NY).
 
Pour cette exposition, la galerie s’est transformée en atelier/résidence de travail pendant quelques semaines, le temps pour Chloe Wise de produire de nouvelles pièces sur place, sur le thème de la nourriture (qu’on lui connaît déjà) et plus précisément du pique-nique.
Un pique-nique érotique et fastueux, fait de fausse nourriture, où se côtoient fromage, marques de haute-couture, confiture, mannequins en goguette et nus champêtres, dans une composition généreuse de peintures, sculptures et installations.
 
Pour aborder sa pratique, nul besoin de préciser la dimension de dérision et d’auto-dérision évidente et jubilatoire qui est en jeu. Elle se moque de tout, avec un humour potache et intelligent à la fois. Dans ses précédentes séries, elle peint des mises en abîmes d’ « auto-portraits en artiste », fabrique des sacs Chanel ou Louis Vuitton en forme de pains ou de tartines, des étoiles de David en faux bacon, et parodie dans ses vidéos l’image médiatique et commerciale de la jeunesse, de la femme, de l’artiste, de la « coolitude ».
Ainsi les outils d’auto-représentation, la publicité, la mode, la religion, les marques commerciales, et finalement tout ce qui crée de l’identité devient potentiel de taquinerie, soulignant bien à quel point l’humour et la parodie peuvent générer des formes de connaissance, un regard aiguisé sur le monde et sur l’autorité médiatique.
Ce qui émane systématiquement du travail de Chloe Wise est un esprit mutin et espiègle. En français le terme « mutin », souvent utilisé pour décrire l’attitude d’un enfant, a la même étymologie que le mot « mutinerie » (émeute), ce qui inscrit bien la portée critique sous-jacente d’une telle posture.
 
Wise nous invite dans une abondance de nourriture riche et de corps nus, reflet d’une société consumériste où l’on vend des produits (fruits) défendus, comme autant de plaisirs coupables, fétichisés par la construction de leur image tentatrice.
Le pain est pour Wise le symbole du luxe et de l’opulence. Ses sacs Louis Vuitton baguette, blague littérale, deviennent des objets mutants, drôles ou déroutants.
A l’image des orgies grecques, Wise trace le lien entre plaisir gustatif et frivolité de chair. La nourriture est ici liée au désir, aux péchés de luxure et d’excès, autant qu’à la liberté, l’échange d’idées et l’affirmation des relations de pouvoir.
Le pique-nique, symbole historique d’une forme d’hédonisme, prend forme chez Wise à travers des moulages en plastique et autres produits synthétiques « durables », à l’inverse de ce qu’ils représentent – une nourriture périssable et vouée à la décomposition rapide. Ces sandwiches et autres mets sont comme figés dans le temps, immortalisés dans leur aspect le plus dégoulinant.
 
That’s something else, my sweet est une phrase extraite du poème If I d’E.E. Cummings.
Le ton de la phrase est à la fois condescendant et affectueux, comme celui de quelqu’un qui prendrait au piège et consolerait ensuite.
On ne sait pas vraiment si Chloe Wise est l’auteur du piège, ou si elle se fait seulement le témoin avisé du paradigme numérique, des miroirs de l’image et du mensonge médiatique. Ce qui est sûr, c’est que Wise, du haut de ses 24 ans, pose un regard vif et clairvoyant sur son environnement, et construit déjà les ramifications d’une critique spontanée et subtile, qui ne perd jamais l’apparence ni le plaisir d’un simple jeu.
 
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Galerie Sebastien Bertrand is pleased to present the first solo exhibition held in Switzerland by artist Chloe Wise (1990, Canada – NY).
 
For this exhibition, the gallery was transformed into a studio/work residency for a few weeks, during which Chloe Wise produced new artworks in the gallery space, creating sculptures and paintings  of food (a subject she is already known for) and more precisely, producing works centered around what one might find at a picnic. 
In this case, Wise's picnic is an erotic and sumptuous one, boasting fake food, where cheese is placed alongside high-end brand logos, jam, models basking in the great outdoors, and nudes in fields, in a gratuitous combination of painting, sculpture and installation.
 
Imbued in her art practice is a distinct and delightful derision and self-deprecating parody. She celebrates yet satirizes her subjects, with a childlike yet intelligent humour. In previous series, Wise paints meta-images of self-portraits within self-portraits, makes Chanel and Louis Vuitton bags in the form of bread and toast, stars of David in fake bacon, and video parodies of the media and commercialization of youth, women, artists and overall "coolness".
Thus the tools of self-representation, publicity, fashion, religion, commercial brands, and all that combine to create ones identity, become subject to a potential teasing, underlining just how much humour and parody can generate an insightful  and sharp critique of the world, and specifically the authority of media in the digital paradigm.
What comes systematically from Chloe Wise’s work is a mischievous and playful spirit. In French, “mischievous”, often used to describe a child’s attitude, has the same etymology as the word “mutiny”, which translates as the underlying critical reach of such a position.
 
Wise invites us to experience an abundance of rich food and nude flesh, reflecting a consumerist society, in which the forbidden fruit, so to speak, like so many guilty pleasures, is fetishized yet revered, as an embodiment of temptation.
For Wise, bread is a symbol of luxury and opulence. Her Louis Vuitton baguette bags, a pun taken literally, become mutant objects, both funny and simultaneously disturbing.
Much like the imagery of a Greek symposium, Wise underlines the link between gastronomic pleasure and the frivolities of the flesh. Food is thus linked to desire, lust, and excessive sins, as well as to freedom, the exchange of ideas,  and power dynamics .
The picnic, a historical symbol of hedonism, appears in Wise’s work through archival plastic sculptures, contrary to what they represent – perishable food, destined for decomposition. These sandwiches and foods are frozen in time, immortalized despite their inviting appearance.
 
That’s something else, my sweet is taken from E.E. Cummings’ poem If I. The tone of the passage is simultaneously condescending yet affectionate, as though spoken by someone who would console you after having tricked you moments before.  The question lies, is Chloe Wise the creator of the trap we find ourselves in,  or has she just positioned herself as a wise witness to the images she presents. One thing is certain: 24-year-old Wise looks at what surrounds her with a clear-sighted and sharp eye, conveying a spontaneous and subtle critique, without losing, for a moment, the pleasures found in a simple game.