PRAYER OUTBOX
Yarisal & Kublitz
29.1108.02.14
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Nous avons le plaisir de présenter la troisième exposition monographique du duo helvético-danois.
Prayer Outbox est de cette veine énigmatique et pleine d’humour, emblématique du travail des deux artistes.
En même temps familières et étranges, les sculptures de cette exposition explorent les liens entre la croyance et l’objet, s’interrogeant sur ce qui insuffle une valeur ou un pouvoir transcendantal à la matière.
La première pièce est intitulée Here’s Looking at You Kid. Une forme ovale est soutenue par deux mains en position de mudrā, coulées dans le béton et délicatement équilibrées sur un support en laiton. A l’intérieur de l’ovale, une coquille d’œuf abrite ce qui semble être un simple bonbon M&M. Cet arrangement déclenche toutes sortes d’associations d’idées – on ne sait par où commencer. Qui regarde qui, déjà…? Nous voilà face à un drôle d’œil en sucre.
L’imagerie de « l’œil qui voit tout » remonte à la mythologie égyptienne et la notion du troisième œil est présente dans diverses religions et croyances ésotériques à travers les âges. Dans la mouvance New Age, le troisième œil perçoit la dimension métaphysique des objets ; et c’est par la méditation que l’on voit grâce à lui en son for intérieur. Le duo d’artistes semble ainsi nous inviter à déployer nos antennes spirituelles – à moins qu’ils ne nous signalent la présence d’une surveillance inquiétante, immatérielle.
La pièce suivante, Choosing My Religion, invite à faire tourner une pièce de monnaie située dans le trou, légèrement évasé, d’un CD, lui-même encastré dans un large cercle en laiton reposant sur une petite pyramide de béton. Nous voilà de nouveau devant un œil, complet cette fois-ci, avec sa pupille et sa rétine. Séduisante et attractive, la lumière reflétée sur la surface du CD semble projeter des arcs-en-ciel ; on se dit qu’il y a là une invitation, peut-être un choix. Mais aussi l’évocation d’un piège – quoi qu’il en soit, l’attirance est réelle. Jamais l’Éveil n’est apparu aussi hasardeux.
I’m With the Band semble être une traditionnelle défense d’éléphant sculptée. À y regarder de plus près, le motif révèle des centaines de petites dents, quelques-unes en or. La sculpture de l’ivoire est un art millénaire, à l’origine de tant d’objets religieux. Katja Kublitz a dit de cette pièce qu’elle est une « relique rock », contenant les vestiges d’un groupe méconnu. Depuis les débuts du Christianisme, les reliques constituent une voie pour se rapprocher des saints, donc de Dieu. Peu importe qu’elles aient souvent l’air sordide, antique et poussiéreux, ou que les rock-stars aient terriblement vieilli. Cet étrange souvenir renvoie au pouvoir transcendantal que la musique exerce sur nous. Le titre I’m With the Band fait écho à notre besoin d’appartenance et de filiation, fondateur de notre identité et que seule la spiritualité saurait dépasser.
Derrière l’angle que fait la galerie nous attend un grand arc-en-ciel irisé, fait de plus de 500 CD. En face, sur un piédestal, trône The 3rd Ei : sculpture évoquant un reliquaire médiéval, composée d’un coquetier, de deux décapsuleurs à œuf et d’un coupe-œuf, le tout formant une croix que magnifie la brillance du laiton. The 3rd Ei est flanqué de part et d’autre par cette autre pièce, Seed and Promises  – deux troncs de palmier, en béton, du caoutchouc rose suintant jusque dans les moitiés de noix de coco fixées sur les côtés. Seed and Promises illustre l’extraction naturelle du caoutchouc ; on jurerait pourtant qu’une sorte d’insémination a lieu sous nos yeux. Ces objets sont notoirement phalliques et soulignent le symbolisme de la fertilité, comme, manifestement, la récurrente référence aux œufs. En allemand, ‘Ei’ signifie œuf, mais se prononce comme l’anglais ‘eye’ (l’œil) ou comme la première personne du singulier ‘I’. Sans même parler des connotations spirituelles liées au troisième œil rencontré auparavant, cet ensemble évoque le tripartisme du moi dans la construction psycho-dynamique de Freud, où le Moi tente d’être médiateur entre le Ça, gouverné par le désir, et la réalité. La religion et la spiritualité offriraient la rédemption, ou pour le moins une échappatoire au piège sémantique du conflit éternel ; mais tout porte le spectateur à croire qu’elles recèlent leurs propres pièges, tout prêts à se refermer sur chacun de nous.
En mêlant traditions religieuses ou symboles New Age à des objets quotidiens ou des références à la culture populaire, la frontière entre le sacré et le profane s’estompe. Au-delà des dichotomies qui se reflètent en cascade jusqu’à l’essence matérielle de ces objets, toutes les pièces de cette Boîte à prières sont comme en suspens ; d’une intensité compacte, parfois minimaliste, elles semblent jouir d’une autonomie quelque peu déroutante. C’est comme si elles s’activaient sans relâche à générer du sens, même sans spectateurs, même après la fermeture de la galerie.
On s’interroge, on s’inquiète presque de leur rôle – ces drôles d’appareils, machines à capter l’intangible…
 
English version
 
We are delighted to present the third solo exhibition with the Swiss-Danish artist duo.
Prayer Outbox continues in the vein of the emblematic and enigmatic, imaginative and often humorous works which the artists are known for. At once commonplace and strange, the sculptures comprising this exhibition interrogate the way our spiritual beliefs are linked to material objects and what may give them value or transcendent power.
The first piece on display is entitled Here’s Looking at You Kid. An oval shape is held in suspense by a pair of hands in a mudra position made out of concrete and in turn delicately balanced on a brass stand below. The inside of the oval above consists of an eggshell and is housing what appears to be a single M&M candy. The arrangement gives rise to plenty of associations – only the viewer wouldn’t quite know where to start at first. Who is looking at whom here anyway? And it seems like we are faced with eye candy of sorts.
Imagery of all-seeing eyes can be traced back to Egyptian mythology and the notion of the‚ Third Eye’‚ can similarly be retraced to religions and esotericism throughout the ages to the present day. In New Age spirituality the third eye can see matters in metaphysical dimensions and can be opened inside of us by means of meditation. It seems like we are invited to extend our spiritual antennas – or it could be that we are under an eerie kind of surveillance here, which is not of the material kind.
In the next piece Choosing My Religion a coin can be flipped inside the slightly enlarged hole of a Compact Disc, which is in turn encircled by a round brass element resting on a small pyramid cast in concrete. We are in fact confronted again with something of an eye-shape, complete with pupil and retina. There is something alluring about this sculpture, in that the light refracting from the CD’s surface seems to be emitting rainbows and it does seem to contain an invitation and an element of choice. Such workings are akin to those of a trap and whether one is reminded of appliances such as electric fly killing devices or not – the allure remains. Enlightenment has never seemed such a gamble before.
The work, I’m With the Band, comes across as a classically carved elephant tusk. On closer inspection its pattern reveals hundreds of teeth, some of which are golden. Ivory carving was practiced for centuries in order to produce large quantities of precious religious objects. Katja Kublitz has described the piece as a ‘rock relic’, containing the remains of an unknown band. Since the beginning of Christianity, individuals have seen relics as a way to come closer to the saints and thus form a closer bond with God. Never mind the fact that their presentation often has an air of musty intimacy and antiquarian mystery, or the fact that some rock stars have by now frightfully aged. This strange souvenir is referring to the transcendental powers music can have for us. Its dictum I’m With the Band addressing our need for affiliation also, which shapes our identity in ways that only our spirituality can exceed.
Turning around the corner in the gallery we are encountered next by a large shiny rainbow made out of more than 500 CDs. On a pedestal in front resides The 3rd Ei. – a sculpture reminiscent of medieval reliquaries, consisting of an eggcup, two egg prickers as well as an egg slicer, all arranged in the form of a cross, glorified in shiny brass. The 3rd Ei is flanked on both sides by the work Seed and Promises – a palm tree trunk out of concrete, which has pink rubber flowing out of it into coconut halves attached to the sides. Seed and Promises illustrates the process of natural rubber extraction from trees. One could get the impression, however, that some kind of insemination is going on here and they look phallic in their arrangement, underscoring the fertility symbolism prevalent elsewhere, as in the ample references to eggs. ‘Ei’ in German means ‘egg’ sounding like ‘eye’ or the first person singular ‘I’ in English. In addition to the spiritual connotations attached to the third eye encountered earlier, this could elude to the tripartism of the ego in Freud’s psychodynamic construct, where the ego attempts to mediate between a desire-driven id and reality. Religion or spirituality seem to offer redemption or a way out of this semantic trap of eternal conflict, though not – or so it seems – without keeping their own traps at the ready.
By mixing traditional religious as well as New Age symbols with common everyday references and popular culture, the line between what is considered holy or secular becomes blurry. Besides the many cascading dichotomies that are reflected down to the level of the very materiality of these items, all objects of this prayer outbox seem physically kept in suspense, compacted and almost minimal, which lends them a kind of spooky autonomy. They seem to be busy generating meaning, even when nobody is looking and all lights have long been switched off after the gallery’s closing time. One wonders, almost worries over their function –  these apparatuses, machines of the intangible…